BAPTISTE PERAIS

Vie d'artiste

C’est après avoir terminé le Shooting « L’imprévu » que nous commençons l’interview avec Baptiste PERAIS, entre deux verres et un été qui se termine.

L'Interview

Julie CAMPAN: Alors, présentez-vous ?

Baptiste PERAIS: Je m’appelle Baptiste PERAIS, j’ai 23 ans, je suis originaire de Rennes et depuis 2019 je suis intermittent du spectacle et je vis surtout du cinéma.

J.CAMPAN: Parlez-nous un peu de votre parcours.

B.PERAIS: Mon parcours est assez simple, j’ai fait un BAC ES (je n’ai jamais redoublé, ni rien), après j’ai fait un IUT GEA (Gestion des Entreprises et des administrations) que j’ai obtenu, à 10,01… Dernier de la promo à l’avoir eu, mais je l’ai eu.

J.CAMPAN: (Sourit)

B.PERAIS: Eh ouais ! C’était un peu pour le donner à la maman. […] Elle était contente. (Continue en riant) Je lui ai dit: « maintenant tu me laisses tranquille, maintenant je fais ce que je veux. » Et après je suis monté à Paris en 2018, j’ai fait une école de théâtre à Montreuil puis je suis rentré au conservatoire du 19e arrondissement, et là je vais rentrer à la MC93.

J.CAMPAN: Qu’est-ce qui vous a donné envie de devenir acteur ?

B.PERAIS: J’ai toujours aimé les films, quand j’étais petit… Et puis… (sourire malicieux) Je me suis dit: « c’est bien, faire l’amour aussi, c’est cool. » j’aimais bien les actrices (il rit). Non, en réalité, j’aimais beaucoup regarder les films de superhéros, ça me passionnait beaucoup.
Je suis entré dans le théâtre par hasard, parce que j’avais des problèmes de comportements en 4e, je foutais un peu le bordel… Et ma mère m’a dit: « Au lieu de foutre le bordel en cours, tu n’as qu’à t’inscrire au théâtre. ». Au début, je ne voulais pas y aller, elle m’a un peu poussé et j’ai adoré ça au premier cours, j’ai trouvé ça ouf. Je l’ai caché, je ne l’assumais pas, je ne disais pas que je faisais du théâtre. Mais j’adorais ça. Quand j’étais en cours, je m’épanouissais de malade.
J’ai fait du cinéma parce que je ne savais pas ce que je voulais faire d’autre de ma vie. J’ai fait mon premier tournage à 18 ans […] et je me suis dit: « c’est ça que je veux faire de ma vie, c’est trop bien et je me plais là-dedans, j’adore ce que je fais. »

J.CAMPAN: Quelle a été la plus grosse difficulté que vous ayez rencontrée en tant qu’acteur ?

B.PERAIS: Ah, vous allez vous foutre de moi (rit). C’est sur le film « Roxane » (Mélanie Auffret), qui a été tourné en 2018. (Commence à sourire) À un moment, il fallait chopper des poules, pour les emmener à l’abattoir…

J.CAMPAN: Comme Link dans Zelda !

B.PERAIS: Comme Link dans Zelda, sauf que moi, j’avais pas d’épée, j’avais que mes mains et elles étaient incapables de chopper le bordel qui court sur courtes pattes. Impossible de chopper le truc, j’étais tétanisé. En fait, ça remonte à quand j’étais petit, je devais avoir 4ans. Dans le poulailler de ma grand-mère, une poule a commencé à m’attaquer et je suis parti en courant et toutes les poules se sont enfuies. On les a récupérées. Mais ensuite, celles qui m’en voulaient toujours ont continué à me courir après. Donc là, chopper un petit truc comme ça… (imite une poule entre ses mains, amusé) c’était tétanisant, vraiment. […] Je faisais vraiment semblant, je ne faisais rien de concret.

J.CAMPAN: Comment se passe un tournage, sont-ils très différents d’un réalisateur à un autre ?

B.PERAIS: Oui, c’est différent, certains réalisateurs laissent beaucoup de place à l’impro, d’autres sont très basés sur le texte. Ça dépend aussi de la production: si c’est une série, on fait moins de plans, mais si c’est un film, tu prends plus ton temps. Ça dépend aussi des camardes de jeux que l’on a. Pour le moment, je ne me suis jamais plaint. Sauf peut-être pour les trucs amateurs que j’ai faits…
Les tournages pros, c’est beaucoup mieux, parce qu’il y a une prod: par exemple, tu manges bien à la cantine. Pour le moral, c’est super, tu vas boire des coups à la fin du tournage, c’est vraiment bonne ambiance… Bon, les projets amateurs aussi, tu vas boire des coups, il ne faut pas croire, mais bon, des fois c’est un peu plus bancal, tu tombes sur une équipe qui est un peu moins expérimentée, donc c’est compliqué, et lorsque tu es habitué à des tournages pros, ça te remet dans quelque chose d’un peu plus instable.

J.CAMPAN: Comment se prépare-t-on à incarner un personnage ?

B.PERAIS: (Regard malicieux) Tu t’enfermes dans ta chambre pendant 1 mois et demi, tu coupes ton téléphone, tu parles à personne et tu restes focus.
Non, en réalité, pour préparer mes personnages… Je ne sais pas trop comment expliquer ça, mais j’essaie de l’imaginer dans la vie de tous les jours. C’est-à-dire que je ne me fie pas au texte, j’essaie de savoir qui il est, par quoi il est passé… ensuite […] tu essaies de savoir comment il ferait face à la situation que tu dois jouer, comment il la ressentirait. Tu te laisses aussi aller à tes propres émotions, il faut donner un peu de soi, forcément, pour apporter une spécificité.
Pour les gros rôles, où il y a une vraie personnalité à capter, c’est plus long, et là il faut vraiment s’oublier, et essayer de devenir la personne la plus lambda possible, simple, pour pouvoir construire à travers cette simplicité et effacer tous ses petits tics.

J.CAMPAN: Quel est le projet qui vous aura laissé les plus beaux souvenirs ?

B.PERAIS: Le projet qui m’a laissé le plus beau souvenir (réfléchit)… Déjà, je pense que c’est le premier, « Les sales gosses » (Frédéric Quiring), parce que c’était ma première expérience de tournage. Tu es comme un enfant à Walt Disney, tu as l’impression que quand il dit « Action ! », c’est Spacemontain qui est en train de se mettre en route avec toutes les sensations qui vont avec. En plus, je jouais avec un pote d’enfance Igor KOVALSKY et j’y ai rencontré l’un de mes meilleurs potes.
Ensuite, l’autre, c’était beaucoup plus humain et social, c’était « Hors Norme » (Olivier Nakache, Éric Toledano) où j’ai rencontré de vrais éducateurs pour autistes, et ça a été une vraie expérience humaine. On a passé 5/6 jours à parler, dialoguer… et ça m’a appris beaucoup de choses sur ce handicap: comment les autistes vivaient, comment les éducateurs faisaient pour les amener à être intégrés à la société, donc c’était très, très, intéressant.
Et enfin, le film « Les compagnons » (François Favrat) parce qu’on était une très bonne équipe de jeunes, on s’est très bien entendus, on a tourné dans Bellevue, j’y ai rencontré l’un de mes meilleurs potes, Soriba DABO. Le film s’est très bien passé avec ces gens-là, et il y a eu… (sourit en regardant ses pieds), beaucoup de choses qu’on ne peut pas dire, beaucoup d’anecdotes de tournage, mais c’était assez incroyable.

J.CAMPAN: Quelles sont les grosses différences entre théâtre et cinéma ?

B.PERAIS: La différence, c’est qu’au théâtre, pardon pour l’expression, mais tu rentres sur la scène, tu poses tes couilles sur la table, et tu joues pendant 1h, 1h30 voire plus, et si tu te loupes, il n’y a personne qui peut stopper le truc. C’est à toi de te rattraper avec tes partenaires de jeu. Ce qui est différent au cinéma, où l’on peut couper, on peut se rattraper et où l’on peut tricher au montage.
Je trouve que le théâtre demande plus d’exercice, parce qu’on est sur un jeu qui est moins « naturalise », qui est plus « fabriqué » notamment dans le domaine de l’absurde… Il faut bien travailler le personnage, la mise en scène, ça demande un travail un peu plus conséquent. Mais je n’ai pas encore vraiment eu de gros rôle au cinéma, alors je ne peux pas vraiment parler de ce que c’est. Mais au théâtre, lorsqu’on te demande de jouer un rôle avec toutes ses facettes, toutes ces couleurs de jeu à donner, ça demande du travail. Des fois tu as l’impression de ne plus y arriver, de ne plus savoir où tu vas, de ne plus maitriser « le truc », et à force de travailler, tu vas trouver une mimique, quelque chose, qui va t’aider, et tu vas repartir !
Pour le cinéma, ce qui est différent c’est que tu ne vois le résultat de ce que tu as fait que 6 mois après. Tu n’as pas le résultat direct, la réaction du public, des spectateurs. Alors qu’au théâtre, si tu es sensé obtenir une réaction et que ça bide, ça bide. Tu sais que tu as merdé. Il y a quelque chose de plus direct, de plus vrai, au théâtre que je préfère. C’est pour ça que je veux travailler plus du côté du théâtre pour gagner en confiance en moi et pouvoir appréhender des rôles plus complexes au cinéma par la suite.

J.CAMPAN: S’il fallait choisir entre l’un ou l’autre (théâtre / cinéma), lequel choisiriez-vous ?

B.PERAIS: Euh (s’étire en souriant), je dirais théâtre pour la profession, et cinéma pour l’argent…? Et puis pour tout ce qui est cantine…

J.CAMPAN: (En riant) Les actrices ?

B.PERAIS: (Sourit) Les actrices, tout ce qui est cadre de vie, bien-être personnel, les voyages…

J.CAMPAN: Vous êtes plutôt gros projet hollywoodien ou film indépendant ?

B.PERAIS: Alors, j’adorerais faire un projet hollywoodien, pour voir l’envers du décor. En ce moment, je suis sur « Notre-Dame, La part du feu, » (Hervé Hadmar, Olivier Bocquet) une série Netflix où j’interprète un pompier. C’est la première fois que je tourne en studio, donc j’ai hâte de voir le résultat. (Décris le plateau) tu es sur la coursive de Notre-Dame qui a été reconstituée en studio, et tu vois les fonds bleus, les fausses flammes, c’est un réel travail d’imagination à faire.
J’adorerais faire un même projet, avec un rôle un peu plus conséquent, où je pourrai voler, tel un superhéros, tout ça (sourit) … Mais par contre, je préfère les films indépendants, parce que je trouve que c’est plus vrai, ce sont souvent des sujets de société, des sujets qui parlent aux gens, je préfère faire ça… Faire un film comique, ou absurde, qui parle de tout et de rien, mais qui parle aux gens, qui, quand tu passes une heure et demie dans une salle toute noire, te fait passer un bon moment, te fait t’évader.

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J.CAMPAN: Pour vous, qu’est-ce que c’est « être un bon acteur » ?

B.PERAIS: Ah il faut le demande à Monsieur Fabrice Luchini, ça… Lui il saurait vous répondre… Qu’est-ce qui fait un bon acteur… (réfléchit) Au cinéma, c’est le naturel, tu sais qu’il ne fabrique pas… tu as l’impression que la personne parle comme ça dans la vie de tous les jours, qu’elle se déplace comme ça dans la vie de tous les jours, que la situation elle la ressent réellement. Au théâtre, c’est un comédien qui te prend qui t’absorbe, c’est ce qui est très difficile à faire. C’est très technique, le théâtre, c’est la voix, la posture, les ruptures, qui font qu’il y a du rythme, du tempo. Pour moi c’est ça. Un bon acteur c’est quelqu’un qui sait se fondre, s’adapter à une situation et faire comme si c’était lui. Et surtout, qu’il ne soit pas dans la démonstration, je déteste… Je dis ça, peut-être que je l’ai été pendant un moment aussi, pensant que j’étais bien, mais en fait (moue de désapprobation) « pas du tout » … Je pense que pour être un bon acteur, il faut se prendre des béquilles dans la vie, des tacles, vivre des choses négatives comme positives et ça ne peut que te faire évoluer dans ton jeu. C’est grâce à ça que tu peux être juste. Et être observateur aussi, plus tu observes, plus tu sais t’adapter à une situation […]

J.CAMPAN: Qu’est-ce que vous diriez à quelqu’un qui souhaiterait se lancer dans une carrière d’acteur/comédien ?

B.PERAIS: (Rire sarcastique) Lance-toi, mais si tu te lances, tu le fais à fond, pas à moitié, ça sert à rien, sinon tu peux retourner chez toi. Parce qu’il y en a tellement qui veulent devenir comédiens, être en haut de l’affiche… Et surtout, ne le fais pas pour devenir connu. Mais fais-le par passion. Quand tu as un rôle, que tu as envie de le défendre, et que tu as envie de te lever le matin… C’est pour ça que je le fais. […] C’est dur, ça reste un métier très dur, ça demande de la persévérance, c’est pas parce qu’on réussit un truc que ça y est, c’est parti. Tu vas en prendre plein, des claques, même lorsqu’on est quelqu’un de connu…
N’écoute pas les gens. (Réfléchis et rit), Enfin si, des fois il faut écouter les gens, parce que t’es pas bon. Et lorsque tu n’es pas bon, tu n’es pas bon, c’est la vie, c’est comme ça… Mais il y a aussi des gens qui au départ n’étaient pas faits pour ça, et ils ont bouffé des livres, bouffé des films, toutes les nuits et ils ont appris comme ça.
Ensuite, je ne dirais pas qu’il ne faut pas faire d’écoles, mais je pense quand même qu’il faut avoir un certain talent au départ, quelque chose au fond de toi. L’école te permet de faire en sorte que tu t’améliores et que tu progresses.

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J.CAMPAN: Si vous deviez définir l’univers du théâtre et celui du cinéma en 3 mots ?

B.PERAIS:(Bascule la tête en arrière avec un sourire) Orf ! Je vais me mettre des gens à dos ! Je vais me mettre des gens à dos… Le premier: « Passion », parce que l’on fait quand même cela par passion. Le deuxième, ce serait « hypocrisie » parce que c’est un milieu très hypocrite où il faut faire attention à tout ce que l’on te promet, tout ce que l’on te dit, aux personnes que tu rencontres et qui ne sont pas forcément les personnes les plus bienveillantes. Même si tu peux aussi rencontrer des gens extraordinaires, il faut quand même avoir un noyau solide pour avancer dans ce métier. Et pour finir avec un truc cool, c’est l’inverse de routinier ? Que ce soit sur les planches ou autre, tu ne défends pas forcément la même chose, tu ne joues pas de la même manière, tu ne rencontres pas les mêmes gens. C’est une vie de saltimbanque, tu n’as pas vraiment d’attache, tu peux avoir l’impression d’être seul, parce que tu travailles beaucoup, tu ne peux pas voir tout le temps tes potes, c’est de l’acharnement, mais il faut se dire que c’est pour avoir une vie très épanouie et diverse par la suite… Et je sais que c’est ce dont j’ai besoin.

BAPTISTE PERAIS

Vie d'artiste

C’est après avoir terminé le Shooting « L’imprévu » que nous commençons l’interview avec Baptiste PERAIS, entre deux verres et un été qui se termine.

L'Interview

Julie CAMPAN: Alors, présentez-vous ?

Baptiste PERAIS: Je m’appelle Baptiste PERAIS, j’ai 23 ans, je suis originaire de Rennes et depuis 2019 je suis intermittent du spectacle et je vis surtout du cinéma.

J.CAMPAN: Parlez-nous un peu de votre parcours.

B.PERAIS: Mon parcours est assez simple, j’ai fait un BAC ES (je n’ai jamais redoublé, ni rien), après j’ai fait un IUT GEA (Gestion des Entreprises et des administrations) que j’ai obtenu, à 10,01… Dernier de la promo à l’avoir eu, mais je l’ai eu.

J.CAMPAN: (Sourit)

B.PERAIS: Eh ouais ! C’était un peu pour le donner à la maman. […] Elle était contente. (Continue en riant) Je lui ai dit: « maintenant tu me laisses tranquille, maintenant je fais ce que je veux. » Et après je suis monté à Paris en 2018, j’ai fait une école de théâtre à Montreuil puis je suis rentré au conservatoire du 19e arrondissement, et là je vais rentrer à la MC93.

J.CAMPAN: Qu’est-ce qui vous a donné envie de devenir acteur ?

B.PERAIS: J’ai toujours aimé les films, quand j’étais petit… Et puis… (sourire malicieux) Je me suis dit: « c’est bien, faire l’amour aussi, c’est cool. » j’aimais bien les actrices (il rit). Non, en réalité, j’aimais beaucoup regarder les films de superhéros, ça me passionnait beaucoup.
Je suis entré dans le théâtre par hasard, parce que j’avais des problèmes de comportements en 4e, je foutais un peu le bordel… Et ma mère m’a dit: « Au lieu de foutre le bordel en cours, tu n’as qu’à t’inscrire au théâtre. ». Au début, je ne voulais pas y aller, elle m’a un peu poussé et j’ai adoré ça au premier cours, j’ai trouvé ça ouf. Je l’ai caché, je ne l’assumais pas, je ne disais pas que je faisais du théâtre. Mais j’adorais ça. Quand j’étais en cours, je m’épanouissais de malade.
J’ai fait du cinéma parce que je ne savais pas ce que je voulais faire d’autre de ma vie. J’ai fait mon premier tournage à 18 ans […] et je me suis dit: « c’est ça que je veux faire de ma vie, c’est trop bien et je me plais là-dedans, j’adore ce que je fais. »

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J.CAMPAN: Quelle a été la plus grosse difficulté que vous ayez rencontrée en tant qu’acteur ?

B.PERAIS: Ah, vous allez vous foutre de moi (rit). C’est sur le film « Roxane » (Mélanie Auffret), qui a été tourné en 2018. (Commence à sourire) À un moment, il fallait chopper des poules, pour les emmener à l’abattoir…

J.CAMPAN: Comme Link dans Zelda !

B.PERAIS: Comme Link dans Zelda, sauf que moi, j’avais pas d’épée, j’avais que mes mains et elles étaient incapables de chopper le bordel qui court sur courtes pattes. Impossible de chopper le truc, j’étais tétanisé. En fait, ça remonte à quand j’étais petit, je devais avoir 4ans. Dans le poulailler de ma grand-mère, une poule a commencé à m’attaquer et je suis parti en courant et toutes les poules se sont enfuies. On les a récupérées. Mais ensuite, celles qui m’en voulaient toujours ont continué à me courir après. Donc là, chopper un petit truc comme ça… (imite une poule entre ses mains, amusé) c’était tétanisant, vraiment. […] Je faisais vraiment semblant, je ne faisais rien de concret.

J.CAMPAN: Comment se passe un tournage, sont-ils très différents d’un réalisateur à un autre ?

B.PERAIS: Oui, c’est différent, certains réalisateurs laissent beaucoup de place à l’impro, d’autres sont très basés sur le texte. Ça dépend aussi de la production: si c’est une série, on fait moins de plans, mais si c’est un film, tu prends plus ton temps. Ça dépend aussi des camardes de jeux que l’on a. Pour le moment, je ne me suis jamais plaint. Sauf peut-être pour les trucs amateurs que j’ai faits…
Les tournages pros, c’est beaucoup mieux, parce qu’il y a une prod: par exemple, tu manges bien à la cantine. Pour le moral, c’est super, tu vas boire des coups à la fin du tournage, c’est vraiment bonne ambiance… Bon, les projets amateurs aussi, tu vas boire des coups, il ne faut pas croire, mais bon, des fois c’est un peu plus bancal, tu tombes sur une équipe qui est un peu moins expérimentée, donc c’est compliqué, et lorsque tu es habitué à des tournages pros, ça te remet dans quelque chose d’un peu plus instable.

J.CAMPAN: Comment se prépare-t-on à incarner un personnage ?

B.PERAIS: (Regard malicieux) Tu t’enfermes dans ta chambre pendant 1 mois et demi, tu coupes ton téléphone, tu parles à personne et tu restes focus.
Non, en réalité, pour préparer mes personnages… Je ne sais pas trop comment expliquer ça, mais j’essaie de l’imaginer dans la vie de tous les jours. C’est-à-dire que je ne me fie pas au texte, j’essaie de savoir qui il est, par quoi il est passé… ensuite […] tu essaies de savoir comment il ferait face à la situation que tu dois jouer, comment il la ressentirait. Tu te laisses aussi aller à tes propres émotions, il faut donner un peu de soi, forcément, pour apporter une spécificité.
Pour les gros rôles, où il y a une vraie personnalité à capter, c’est plus long, et là il faut vraiment s’oublier, et essayer de devenir la personne la plus lambda possible, simple, pour pouvoir construire à travers cette simplicité et effacer tous ses petits tics.

J.CAMPAN: Quel est le projet qui vous aura laissé les plus beaux souvenirs ?

B.PERAIS: Le projet qui m’a laissé le plus beau souvenir (réfléchit)… Déjà, je pense que c’est le premier, « Les sales gosses » (Frédéric Quiring), parce que c’était ma première expérience de tournage. Tu es comme un enfant à Walt Disney, tu as l’impression que quand il dit « Action ! », c’est Spacemontain qui est en train de se mettre en route avec toutes les sensations qui vont avec. En plus, je jouais avec un pote d’enfance Igor KOVALSKY et j’y ai rencontré l’un de mes meilleurs potes.
Ensuite, l’autre, c’était beaucoup plus humain et social, c’était « Hors Norme » (Olivier Nakache, Éric Toledano) où j’ai rencontré de vrais éducateurs pour autistes, et ça a été une vraie expérience humaine. On a passé 5/6 jours à parler, dialoguer… et ça m’a appris beaucoup de choses sur ce handicap: comment les autistes vivaient, comment les éducateurs faisaient pour les amener à être intégrés à la société, donc c’était très, très, intéressant.
Et enfin, le film « Les compagnons » (François Favrat) parce qu’on était une très bonne équipe de jeunes, on s’est très bien entendus, on a tourné dans Bellevue, j’y ai rencontré l’un de mes meilleurs potes, Soriba DABO. Le film s’est très bien passé avec ces gens-là, et il y a eu… (sourit en regardant ses pieds), beaucoup de choses qu’on ne peut pas dire, beaucoup d’anecdotes de tournage, mais c’était assez incroyable.

J.CAMPAN: Quelles sont les grosses différences entre théâtre et cinéma ?

B.PERAIS: La différence, c’est qu’au théâtre, pardon pour l’expression, mais tu rentres sur la scène, tu poses tes couilles sur la table, et tu joues pendant 1h, 1h30 voire plus, et si tu te loupes, il n’y a personne qui peut stopper le truc. C’est à toi de te rattraper avec tes partenaires de jeu. Ce qui est différent au cinéma, où l’on peut couper, on peut se rattraper et où l’on peut tricher au montage.
Je trouve que le théâtre demande plus d’exercice, parce qu’on est sur un jeu qui est moins « naturalise », qui est plus « fabriqué » notamment dans le domaine de l’absurde… Il faut bien travailler le personnage, la mise en scène, ça demande un travail un peu plus conséquent. Mais je n’ai pas encore vraiment eu de gros rôle au cinéma, alors je ne peux pas vraiment parler de ce que c’est. Mais au théâtre, lorsqu’on te demande de jouer un rôle avec toutes ses facettes, toutes ces couleurs de jeu à donner, ça demande du travail. Des fois tu as l’impression de ne plus y arriver, de ne plus savoir où tu vas, de ne plus maitriser « le truc », et à force de travailler, tu vas trouver une mimique, quelque chose, qui va t’aider, et tu vas repartir !
Pour le cinéma, ce qui est différent c’est que tu ne vois le résultat de ce que tu as fait que 6 mois après. Tu n’as pas le résultat direct, la réaction du public, des spectateurs. Alors qu’au théâtre, si tu es sensé obtenir une réaction et que ça bide, ça bide. Tu sais que tu as merdé. Il y a quelque chose de plus direct, de plus vrai, au théâtre que je préfère. C’est pour ça que je veux travailler plus du côté du théâtre pour gagner en confiance en moi et pouvoir appréhender des rôles plus complexes au cinéma par la suite.

J.CAMPAN: S’il fallait choisir entre l’un ou l’autre (théâtre / cinéma), lequel choisiriez-vous ?

B.PERAIS: Euh (s’étire en souriant), je dirais théâtre pour la profession, et cinéma pour l’argent…? Et puis pour tout ce qui est cantine…

J.CAMPAN: (En riant) Les actrices ?

B.PERAIS: (Sourit) Les actrices, tout ce qui est cadre de vie, bien-être personnel, les voyages…

J.CAMPAN: Vous êtes plutôt gros projet hollywoodien ou film indépendant ?

B.PERAIS: Alors, j’adorerais faire un projet hollywoodien, pour voir l’envers du décor. En ce moment, je suis sur « Notre-Dame, La part du feu, » (Hervé Hadmar, Olivier Bocquet) une série Netflix où j’interprète un pompier. C’est la première fois que je tourne en studio, donc j’ai hâte de voir le résultat. (Décris le plateau) tu es sur la coursive de Notre-Dame qui a été reconstituée en studio, et tu vois les fonds bleus, les fausses flammes, c’est un réel travail d’imagination à faire.
J’adorerais faire un même projet, avec un rôle un peu plus conséquent, où je pourrai voler, tel un superhéros, tout ça (sourit) … Mais par contre, je préfère les films indépendants, parce que je trouve que c’est plus vrai, ce sont souvent des sujets de société, des sujets qui parlent aux gens, je préfère faire ça… Faire un film comique, ou absurde, qui parle de tout et de rien, mais qui parle aux gens, qui, quand tu passes une heure et demie dans une salle toute noire, te fait passer un bon moment, te fait t’évader.

Pour découvrir le shooting,
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J.CAMPAN: Si vous deviez définir l’univers du théâtre et celui du cinéma en 3 mots ?

B.PERAIS:(Bascule la tête en arrière avec un sourire) Orf ! Je vais me mettre des gens à dos ! Je vais me mettre des gens à dos… Le premier: « Passion », parce que l’on fait quand même cela par passion. Le deuxième, ce serait « hypocrisie » parce que c’est un milieu très hypocrite où il faut faire attention à tout ce que l’on te promet, tout ce que l’on te dit, aux personnes que tu rencontres et qui ne sont pas forcément les personnes les plus bienveillantes. Même si tu peux aussi rencontrer des gens extraordinaires, il faut quand même avoir un noyau solide pour avancer dans ce métier. Et pour finir avec un truc cool, c’est l’inverse de routinier ? Que ce soit sur les planches ou autre, tu ne défends pas forcément la même chose, tu ne joues pas de la même manière, tu ne rencontres pas les mêmes gens. C’est une vie de saltimbanque, tu n’as pas vraiment d’attache, tu peux avoir l’impression d’être seul, parce que tu travailles beaucoup, tu ne peux pas voir tout le temps tes potes, c’est de l’acharnement, mais il faut se dire que c’est pour avoir une vie très épanouie et diverse par la suite… Et je sais que c’est ce dont j’ai besoin.

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