ELOÏSE NIZAN

VIE D'ARTISTE

Aujourd’hui, nous vous présentons la superbe Eloïse NIZAN, danseuse contemporaine et classique, qui nous raconte son parcours artistique avec passion et sincérité.

C’est à l’age de 4 ans et demi, en commençant par l’éveil musical en conservatoire, qu’Eloïse NIZAN découvre la danse. elle entrera ensuite dans une classe de danse classique à la MJC de Noisiel et y restera pendant 4ans. Elle fini par intégrer le CRD Val Maubuée à l’âge de 9 ans et demi, d’abord en danse classique, puis contemporaine.

L'Interview

Julie CAMPAN: Qu’est-ce que t’apportent la danse contemporaine et la danse classique d’un point de vue artistique et personnel aussi ?

Eloïse NIZAN: La danse c’est un tout dans ma vie. J’ai grandi, je grandis et je grandirai toujours avec. Comment expliquer que c’est une part fondamentale de moi-même ? J’ai pendant longtemps été très timide et oser s’émanciper dans un monde où l’on a l’impression de n’être pas grand-chose, c’est extrêmement dur. Je pense également que mon hypersensibilité rend difficile l’expression de chaque petit moment d’émotion brève ou longue. C’est à la fois un don de pouvoir vivre intensément et également un combat de trouver sa place parmi des gens qui ne ressentent pas nécessairement les choses comme moi. J’ai toujours eu l’impression d’être cette personne qui en fait « trop », on me l’a déjà reproché d’ailleurs et c’est bien plus que vexant, c’est emprisonnant. Alors la danse…? Comment la qualifier autrement que de mère, de sœur, de confidente, de miracle.


Cet esprit de liberté que je savoure toujours plus aujourd’hui et que je cherche à amplifier davantage, je n’oublie pas qu’il est passé et continue de passer par beaucoup de discipline, de sueur, de douleur... Des moments qui ne font pas rêver, mais qui sont la clé de cette liberté inconditionnelle. J’ai appris à être très rigoureuse, très cadrée, très “à l’écoute” et à me taire, surtout, pour ne pas perdre une miette de ce que chaque professeur transmet dans son cours. C’est une mentalité que j’ai en fait partout et pour tout dans ma vie quotidienne. Moins parler et écouter. C’est en cela que je me sens danseuse, car la danse n’exprime que ce qui doit être exprimé et elle perd de tout son sens lorsqu’elle est brouillée de superflus inutiles.

Ce qui me construit également à travers la danse c’est le relationnel. Une personne en attire une autre qui va en présenter une autre, etc. Pour moi, le hasard n’existe pas, c’est physique ou chimique, je ne sais pas, mais c’est une connexion avec l’Univers qui nous permet, au fil du temps, de trouver les personnes qui nous correspondent. Et plus le temps passe, plus j’aime ma vie, plus je remercie l’Univers de m’offrir cette chance de vivre pour me battre, pour avancer, pour me sentir fière et pouvoir partager avec moi-même et les autres ce qu’il y a de plus fort dans ma vie.

Ce que je dirais pour conclure cette grande question, c’est que la danse amène à bien plus que ce que l’on peut imaginer. Il faut savoir souffrir, mais jamais s’oppresser dans les moments de difficultés. Cela ne m’a en tout cas amené à rien sauf à changer de stratégie. Il suffit d’avoir bon cœur, d’avoir de l’amour et de laisser de côté cet égo surdimensionné, car la plus grande liberté se trouve au moment où l’on franchit le cap de la douleur. Je ne remercierai jamais assez chaque professeur de danse, je les bénirais si j’en avais le pouvoir !

Quels sont tes chorégraphes préférés ?
Eloïse NIZAN: L’un de plus grands chorégraphes du XXIe selon moi est Angelin PRELJOCAJ. C’est cette pureté, cette humanité, cette beauté innommable que j’admire. C’est d’ailleurs pour cela que certains l’appellent « l’ange de la danse ».
Une autre chorégraphe que j’admire et dont la danse m’inspire au plus haut point est Martha GRAHAM. En effet, c’est sa technique du « contract and release » qui me séduit totalement, car lorsque l’on voit les danseuses et danseurs de GRAHAM, ce qui ressort d’eux c’est l’énergie qu’ils envoient par leurs contractions et relâchements. Il y a des courbes qui ne laissent pas insensibles tant la profondeur des intentions est puissante. Avec elle j’ajouterais Trisha BROWN, Doris HUMPHREY et de façon absolument anachronique NIJINSKI. Je citerai encore quelques chorégraphes contemporains qui me laissent sans voix, touchée au plus profond de moi-même tels que Akram KHAN, Ohad NAHARIN, Sidi Larbi CHERKAOUI, Clément COGITORE, William FORSYTHE, plus récemment Sébastien BERTAUD Je suis également très attirée par d’autres types de danses comme les claquettes avec Fred ASTAIRE, The Nicholas Brothers bien qu’à mon avis ils soient plus danseurs que chorégraphe. J’ajouterai en ce sens James BROWN, Michael JACKSON, Beyoncé avec Chris GRANT, etc. Il y en a beaucoup, je crois ne pas avoir tout dit !
Tu préfères regarder de la danse, ou danser ?
Eloïse NIZAN: Je préfère danser, mais je regarde tout de même beaucoup la danse, car l’on apprend beaucoup en regardant.
Quelle est la plus grosse difficulté lorsque l’on fait un sport artistique comme la danse ?
Eloïse NIZAN: En effet, je ne suis pas née avec des facilités corporelles. J’ai une scoliose, une lordose, des jambes dites « difficiles » en danse classique, un cou que je dois replacer du fait de ma scoliose… Bref, tout un tas de problèmes que j’ai sous-estimés pendant des années, et quand je dis des années je dirais que cela fait peut-être 4 ans que j’apprends à me déconstruire pour me reconstruire au fur et à mesure. J’ai essayé ces trois dernières années d’entrer dans de grands conservatoires parisiens tels que le CRR de Paris, Boulogne puis le CNSMDP sans succès malgré le travail acharné. Je n’ai cependant jamais baissé les bras malgré la douleur de l’échec et finalement j’ai fini par comprendre plus récemment qu’il fallait peut-être de nouveau me déconstruire pour reconstruire une nouvelle stratégie de travail plus adaptée à moi-même. Une des plus grosses difficultés a certainement été de concilier les cours, les amis et la danse. Je ne sais pas si c’est une question de personnalité, mais en ce qui me concerne j’ai toujours fait le choix d’accorder une priorité à la danse et égoïstement laisser en second plan les amis et parfois même certaines matières dès le collège. Chose que je ne conseille absolument pas en réalité. Je pense qu’il faut donner priorité à ce qu’on aime et ce qu’il y a de plus important pour nous, mais qu’il faut aussi apprendre à ne pas partir dans des extrêmes, car cela devient vite obsessionnel et tout ce qui est poussé à outrance devient nocif autant mentalement que physiquement. Après je ne vais cacher le fait que pour être entrée dans cet état d’esprit plus ou moins nocif, de nombreuses difficultés se sont présentées à moi telles que ma relation avec mon corps, avec la nourriture, des doutes sur ma propre santé mentale, des excès dans tout, mais peu de choses vraiment équilibrées. Le problème avec cela c’est que l’on développe vite des addictions en tout genre et rapidement l’estime et la confiance que l’on pouvait avoir s’appauvrissent. On est comme drogué à la dopamine, dans un besoin constant de résoudre à tout prix ce qui nous tracasse. On se compare aux autres au lieu de se regarder soi et le moindre compliment qui nous est fait prend une place disproportionnée dans notre esprit. C’est très cru à dire, mais malheureusement vrai. Il faut faire très attention à son mental dans ce domaine, car c’est l’image qui prône. Et dans une société où les codes, les stéréotypes, les clichés, les jugements sont rois, il est souvent difficile de mettre un point d’honneur à sa propre personne sans partir dans un égocentrisme extrême. D’où le besoin de se remettre souvent en question, de mûrir, car le monde n’est malheureusement pas si facile lorsque l’on a de grandes ambitions. Pour être honnête, même si beaucoup de choses commencent à s’améliorer chez moi aujourd’hui, je ne nierai pas le fait qu’il reste encore une part excessive et que je ne souhaite pas abandonner, car c’est tout de même elle qui jusqu’à une certaine mesure m’a permis de bondir. Alors je garde cette petite part de folie discrètement enfouie au fond de moi pour la sortir du fond de moi.

Comment as-tu vécu les différents confinements ?

Eloïse NIZAN: Les plus grands miracles se sont produits à partir du premier confinement où je n’avais plus de pression envers moi-même, juste une motivation à n’en plus finir, et beaucoup de bienveillance envers moi-même. Je parle de cela, car malheureusement, trop de gens tâchent de paraître forts, mais oublient que pour cela il faut s’aimer, s’accepter, avancer avec exigence et bienveillance. L’acharnement n’a en fait que pour finalité la destruction morale et/ou physique, contrairement à l’exigence qui fait appel à la bienveillance.

Quel est ton plus beau souvenir de scène ?
Eloïse NIZAN: Je n’arriverai jamais à classer quoique ce soit, ça m’énerve !!! Tous les moments passés sur scène sont grandioses alors je ne saurais pas répondre à la question… Tout ce que j’aimerais dire c’est lorsqu’on est sur scène et que toute l’énergie transmise vient du fond du cœur, peu importe le rendu, on se sent porté par l’espace autour de nous. On est là: vu, scruté, peut-être jugé à tort, mais peu importe, on vit et ça, c’est fort. C’est le sentiment d’accomplissement qui est puissant, le bonheur d’avoir ce privilège de savoir danser avec qualité et amour.
Quel est ton plus beau souvenir de scène ?
Je n’arriverai jamais à classer quoique ce soit, ça m’énerve !!! Tous les moments passés sur scène sont grandioses alors je ne saurais pas répondre à la question… Tout ce que j’aimerais dire c’est lorsqu’on est sur scène et que toute l’énergie transmise vient du fond du cœur, peu importe le rendu, on se sent porté par l’espace autour de nous. On est là: vu, scruté, peut-être jugé à tort, mais peu importe, on vit et ça, c’est fort. C’est le sentiment d’accomplissement qui est puissant, le bonheur d’avoir ce privilège de savoir danser avec qualité et amour.
Comment te prépares-tu lorsqu’une représentation approche ?
Cela dépend de si l’on a été bien préparé, si l’on connaît bien la scène, etc. Les premiers solos que j’ai dansés, je devais avoir 13 ans et j’étais extrêmement stressée. Une semaine avant la représentation je stressais déjà. Maintenant, tout va bien, j’y vais avec moins d’appréhension, même si je garde toujours cette boule en ventre que j’adore avant de monter sur scène. L’adrénaline qui monte il n’y a rien de plus génial notamment dans les solos, car c’est le moment où tu réalises que dans quelques instants « tu vas être la seule sur scène , tu n’as plus choix de faire à moitié les choses autrement le public le remarquera, alors tu fais le max du max », et c’est assez surprenant.
C’est plus difficile de danser devant des centaines de gens, ou juste une poignée de gens ?
Je trouve que c’est plus dur de danser devant une poignée de personnes que des centaines parce que tu n’as pas le temps de calculer les gens lorsqu’ils sont par centaines contrairement à un nombre réduit où l’ambiance est plus concentrée. Après c’est mon ressenti, d’autres se sentiront plus à l’aise face à un petit comité. Cela dépend aussi des gens présents. En ce qui me concerne, il me suffit parfois de savoir qu’une personne en particulier est dans une salle de 200 personnes pour me sentir directement tendue. Alors maintenant je ne regarde même plus, je danse, et puis merde.
Si tu devais donner des conseils à un/une danseur(euse) débutant(e) ?
Le conseil que je donnerais à tout danseur débutant c’est « tais-toi et écoute ». Encore une fois, chaque instant est précieux, car il y a des choses sur lesquelles on bute pendant des années qui se débloquent en un quart de seconde. Alors c’est mon meilleur conseil, car lorsque l’on écoute et que l’on se tait, tout va plus vite, on rattrape parfois des années de retard en peu de temps. Puis le reste vient avec le temps, l’écoute, l’ouverture.
Peut-être, un dernier conseil important, notamment de nos jours où tout doit aller vite, où il faut être très jeune prodige, je dirais de ne jamais griller les étapes ! De l’exigence et de la bienveillance c’est tout ce qu’il faut.
Si tu devais décrire le monde de la danse en 3 mots ?
Honnêtement, je ne pense pas que le monde de la danse ne puisse être décrit en 3 mots, mais je dirais : sacré / périlleux / euphorique

ELOÏSE NIZAN

VIE D'ARTISTE

Aujourd’hui, nous vous présentons la superbe Eloïse NIZAN, danseuse contemporaine et classique, qui nous raconte son parcours artistique avec passion et sincérité.

C’est à l’age de 4 ans et demi, en commençant par l’éveil musical en conservatoire, qu’Eloïse NIZAN découvre la danse. elle entrera ensuite dans une classe de danse classique à la MJC de Noisiel et y restera pendant 4ans. Elle fini par intégrer le CRD Val Maubuée à l’âge de 9 ans et demi, d’abord en danse classique, puis contemporaine.

L'Interview

Julie CAMPAN: Qu’est-ce que t’apportent la danse contemporaine et la danse classique d’un point de vue artistique et personnel aussi ?
Eloïse NIZAN: La danse c’est un tout dans ma vie. J’ai grandi, je grandis et je grandirai toujours avec. Comment expliquer que c’est une part fondamentale de moi-même ? J’ai pendant longtemps été très timide et oser s’émanciper dans un monde où l’on a l’impression de n’être pas grand-chose, c’est extrêmement dur. Je pense également que mon hypersensibilité rend difficile l’expression de chaque petit moment d’émotion brève ou longue. C’est à la fois un don de pouvoir vivre intensément et également un combat de trouver sa place parmi des gens qui ne ressentent pas nécessairement les choses comme moi. J’ai toujours eu l’impression d’être cette personne qui en fait « trop », on me l’a déjà reproché d’ailleurs et c’est bien plus que vexant, c’est emprisonnant. Alors la danse…? Comment la qualifier autrement que de mère, de sœur, de confidente, de miracle. 
Cet esprit de liberté que je savoure toujours plus aujourd’hui et que je cherche à amplifier davantage, je n’oublie pas qu’il est passé et continue de passer par beaucoup de discipline, de sueur, de douleur... Des moments qui ne font pas rêver, mais qui sont la clé de cette liberté inconditionnelle. J’ai appris à être très rigoureuse, très cadrée, très “à l’écoute” et à me taire, surtout, pour ne pas perdre une miette de ce que chaque professeur transmet dans son cours. C’est une mentalité que j’ai en fait partout et pour tout dans ma vie quotidienne. Moins parler et écouter. C’est en cela que je me sens danseuse, car la danse n’exprime que ce qui doit être exprimé et elle perd de tout son sens lorsqu’elle est brouillée de superflus inutiles. Ce qui me construit également à travers la danse c’est le relationnel. Une personne en attire une autre qui va en présenter une autre, etc. Pour moi, le hasard n’existe pas, c’est physique ou chimique, je ne sais pas, mais c’est une connexion avec l’Univers qui nous permet, au fil du temps, de trouver les personnes qui nous correspondent. Et plus le temps passe, plus j’aime ma vie, plus je remercie l’Univers de m’offrir cette chance de vivre pour me battre, pour avancer, pour me sentir fière et pouvoir partager avec moi-même et les autres ce qu’il y a de plus fort dans ma vie. Ce que je dirais pour conclure cette grande question, c’est que la danse amène à bien plus que ce que l’on peut imaginer. Il faut savoir souffrir, mais jamais s’oppresser dans les moments de difficultés. Cela ne m’a en tout cas amené à rien sauf à changer de stratégie. Il suffit d’avoir bon cœur, d’avoir de l’amour et de laisser de côté cet égo surdimensionné, car la plus grande liberté se trouve au moment où l’on franchit le cap de la douleur. Je ne remercierai jamais assez chaque professeur de danse, je les bénirais si j’en avais le pouvoir !
Quels sont tes chorégraphes préférés ?
Eloïse NIZAN: L’un de plus grands chorégraphes du XXIe selon moi est Angelin PRELJOCAJ. C’est cette pureté, cette humanité, cette beauté innommable que j’admire. C’est d’ailleurs pour cela que certains l’appellent « l’ange de la danse ».
Une autre chorégraphe que j’admire et dont la danse m’inspire au plus haut point est Martha GRAHAM. En effet, c’est sa technique du « contract and release » qui me séduit totalement, car lorsque l’on voit les danseuses et danseurs de GRAHAM, ce qui ressort d’eux c’est l’énergie qu’ils envoient par leurs contractions et relâchements. Il y a des courbes qui ne laissent pas insensibles tant la profondeur des intentions est puissante. Avec elle j’ajouterais Trisha BROWN, Doris HUMPHREY et de façon absolument anachronique NIJINSKI. Je citerai encore quelques chorégraphes contemporains qui me laissent sans voix, touchée au plus profond de moi-même tels que Akram KHAN, Ohad NAHARIN, Sidi Larbi CHERKAOUI, Clément COGITORE, William FORSYTHE, plus récemment Sébastien BERTAUD Je suis également très attirée par d’autres types de danses comme les claquettes avec Fred ASTAIRE, The Nicholas Brothers bien qu’à mon avis ils soient plus danseurs que chorégraphe. J’ajouterai en ce sens James BROWN, Michael JACKSON, Beyoncé avec Chris GRANT, etc. Il y en a beaucoup, je crois ne pas avoir tout dit !
Tu préfères regarder de la danse, ou danser ?
Eloïse NIZAN: Je préfère danser, mais je regarde tout de même beaucoup la danse, car l’on apprend beaucoup en regardant.
Quelle est la plus grosse difficulté lorsque l’on fait un sport artistique comme la danse ?
Eloïse NIZAN: En effet, je ne suis pas née avec des facilités corporelles. J’ai une scoliose, une lordose, des jambes dites « difficiles » en danse classique, un cou que je dois replacer du fait de ma scoliose… Bref, tout un tas de problèmes que j’ai sous-estimés pendant des années, et quand je dis des années je dirais que cela fait peut-être 4 ans que j’apprends à me déconstruire pour me reconstruire au fur et à mesure. J’ai essayé ces trois dernières années d’entrer dans de grands conservatoires parisiens tels que le CRR de Paris, Boulogne puis le CNSMDP sans succès malgré le travail acharné. Je n’ai cependant jamais baissé les bras malgré la douleur de l’échec et finalement j’ai fini par comprendre plus récemment qu’il fallait peut-être de nouveau me déconstruire pour reconstruire une nouvelle stratégie de travail plus adaptée à moi-même. Une des plus grosses difficultés a certainement été de concilier les cours, les amis et la danse. Je ne sais pas si c’est une question de personnalité, mais en ce qui me concerne j’ai toujours fait le choix d’accorder une priorité à la danse et égoïstement laisser en second plan les amis et parfois même certaines matières dès le collège. Chose que je ne conseille absolument pas en réalité. Je pense qu’il faut donner priorité à ce qu’on aime et ce qu’il y a de plus important pour nous, mais qu’il faut aussi apprendre à ne pas partir dans des extrêmes, car cela devient vite obsessionnel et tout ce qui est poussé à outrance devient nocif autant mentalement que physiquement. Après je ne vais cacher le fait que pour être entrée dans cet état d’esprit plus ou moins nocif, de nombreuses difficultés se sont présentées à moi telles que ma relation avec mon corps, avec la nourriture, des doutes sur ma propre santé mentale, des excès dans tout, mais peu de choses vraiment équilibrées. Le problème avec cela c’est que l’on développe vite des addictions en tout genre et rapidement l’estime et la confiance que l’on pouvait avoir s’appauvrissent. On est comme drogué à la dopamine, dans un besoin constant de résoudre à tout prix ce qui nous tracasse. On se compare aux autres au lieu de se regarder soi et le moindre compliment qui nous est fait prend une place disproportionnée dans notre esprit. C’est très cru à dire, mais malheureusement vrai. Il faut faire très attention à son mental dans ce domaine, car c’est l’image qui prône. Et dans une société où les codes, les stéréotypes, les clichés, les jugements sont rois, il est souvent difficile de mettre un point d’honneur à sa propre personne sans partir dans un égocentrisme extrême. D’où le besoin de se remettre souvent en question, de mûrir, car le monde n’est malheureusement pas si facile lorsque l’on a de grandes ambitions. Pour être honnête, même si beaucoup de choses commencent à s’améliorer chez moi aujourd’hui, je ne nierai pas le fait qu’il reste encore une part excessive et que je ne souhaite pas abandonner, car c’est tout de même elle qui jusqu’à une certaine mesure m’a permis de bondir. Alors je garde cette petite part de folie discrètement enfouie au fond de moi pour la sortir du fond de moi.

Comment as-tu vécu les différents confinements ?

Eloïse NIZAN: Les plus grands miracles se sont produits à partir du premier confinement où je n’avais plus de pression envers moi-même, juste une motivation à n’en plus finir, et beaucoup de bienveillance envers moi-même. Je parle de cela, car malheureusement, trop de gens tâchent de paraître forts, mais oublient que pour cela il faut s’aimer, s’accepter, avancer avec exigence et bienveillance. L’acharnement n’a en fait que pour finalité la destruction morale et/ou physique, contrairement à l’exigence qui fait appel à la bienveillance.

Quel est ton plus beau souvenir de scène ?
Eloïse NIZAN: Je n’arriverai jamais à classer quoique ce soit, ça m’énerve !!! Tous les moments passés sur scène sont grandioses alors je ne saurais pas répondre à la question… Tout ce que j’aimerais dire c’est lorsqu’on est sur scène et que toute l’énergie transmise vient du fond du cœur, peu importe le rendu, on se sent porté par l’espace autour de nous. On est là: vu, scruté, peut-être jugé à tort, mais peu importe, on vit et ça, c’est fort. C’est le sentiment d’accomplissement qui est puissant, le bonheur d’avoir ce privilège de savoir danser avec qualité et amour.
Quel est ton plus beau souvenir de scène ?
Je n’arriverai jamais à classer quoique ce soit, ça m’énerve !!! Tous les moments passés sur scène sont grandioses alors je ne saurais pas répondre à la question… Tout ce que j’aimerais dire c’est lorsqu’on est sur scène et que toute l’énergie transmise vient du fond du cœur, peu importe le rendu, on se sent porté par l’espace autour de nous. On est là: vu, scruté, peut-être jugé à tort, mais peu importe, on vit et ça, c’est fort. C’est le sentiment d’accomplissement qui est puissant, le bonheur d’avoir ce privilège de savoir danser avec qualité et amour.
Comment te prépares-tu lorsqu’une représentation approche ?
Cela dépend de si l’on a été bien préparé, si l’on connaît bien la scène, etc. Les premiers solos que j’ai dansés, je devais avoir 13 ans et j’étais extrêmement stressée. Une semaine avant la représentation je stressais déjà. Maintenant, tout va bien, j’y vais avec moins d’appréhension, même si je garde toujours cette boule en ventre que j’adore avant de monter sur scène. L’adrénaline qui monte il n’y a rien de plus génial notamment dans les solos, car c’est le moment où tu réalises que dans quelques instants « tu vas être la seule sur scène , tu n’as plus choix de faire à moitié les choses autrement le public le remarquera, alors tu fais le max du max », et c’est assez surprenant.
C’est plus difficile de danser devant des centaines de gens, ou juste une poignée de gens ?
Je trouve que c’est plus dur de danser devant une poignée de personnes que des centaines parce que tu n’as pas le temps de calculer les gens lorsqu’ils sont par centaines contrairement à un nombre réduit où l’ambiance est plus concentrée. Après c’est mon ressenti, d’autres se sentiront plus à l’aise face à un petit comité. Cela dépend aussi des gens présents. En ce qui me concerne, il me suffit parfois de savoir qu’une personne en particulier est dans une salle de 200 personnes pour me sentir directement tendue. Alors maintenant je ne regarde même plus, je danse, et puis merde.
Si tu devais donner des conseils à un/une danseur(euse) débutant(e) ?
Le conseil que je donnerais à tout danseur débutant c’est « tais-toi et écoute ». Encore une fois, chaque instant est précieux, car il y a des choses sur lesquelles on bute pendant des années qui se débloquent en un quart de seconde. Alors c’est mon meilleur conseil, car lorsque l’on écoute et que l’on se tait, tout va plus vite, on rattrape parfois des années de retard en peu de temps. Puis le reste vient avec le temps, l’écoute, l’ouverture.
Peut-être, un dernier conseil important, notamment de nos jours où tout doit aller vite, où il faut être très jeune prodige, je dirais de ne jamais griller les étapes ! De l’exigence et de la bienveillance c’est tout ce qu’il faut.
Si tu devais décrire le monde de la danse en 3 mots ?
Honnêtement, je ne pense pas que le monde de la danse ne puisse être décrit en 3 mots, mais je dirais : sacré / périlleux / euphorique
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